Interview d'Edmond Michelet, Dachau, 6 mai 1945

Edmond Michelet fut déporté à Dachau du 15 septembre 1943,  jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945

Une semaine après la libération du camp, le 6 mai 1945, un officier américain interviewe et filme des prisonniers encore sur place. Edmond Michelet qui maîtrise la langue anglaise répond à quelques questions.

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Transcription de l'interview

O.A. désigne l'Officier américain et E.M.  Edmond Michelet

 

O.A. : : Etes-vous français ?

E.M. : Edmond Michelet : Je suis français

O.A. : Pouvez-vous nous parler de votre expérience dans ce camp ? Nous aimerions savoir depuis combien de temps vous êtes ici et pour quelles raisons.

E.M. : Je suis un des premiers à avoir été arrêté en France. J’ai été arrêté à la fin de janvier 1943. Je suis ici depuis presque deux ans. Je suis resté six mois à la prison de Fresnes, à Paris ; un mois dans l’horrible camp de Sarrebruck où j’ai vu des choses terribles ; et je suis arrivé en septembre 1943. Alors, le camp n’était pas aussi dur qu’il n’était auparavant.

Mais cependant, j’ai aussi vu ici des choses terrfiantes.

O.A. : Par exemple ?

E.M. : Par exemple...Et bien... Dix jours après mon arrivée ici, nous avons dû rester environ 36 heures sur la place d'appel à attendre le bon plaisir de nos SS, 
nos bourreaux... 36 heures... Comme ça (Edmond Michelet prend la position de « garde- à-vous ») Sans rien faire... Il était strictement interdit d’aller nulle part, de faire quoi que ce soit,...vous voyez...

....Ce que je veux vous dire aussi...en juillet dernier, dans un convoi français 2000 hommes, des Français, des politiques français...
...dans ce train, plus de la moitié des gens sont morts ; ils sont morts. En français on l’appelle « le convoi de la mort », the death convoy

 

O.A. : C’est très similaire au train qui… (L’officier américain désigne un déporté interviewé auparavant)

 

E.M. : Exactement. Le mois de juillet a été celui de la mort d’un millier de Français.

O.A. : De quoi sont-ils morts?

E.M. :  (inaudible)...ils étaient une centaine entassés dans les wagons,une température de 30°, pas d’eau depuis Compiègne,six jours, pas d'eau, pas  une goutte d’eau, c’était absolument terrible.

O.A. Combien d'hommes sont venus  avec vous ? 

E.M. :(inaudible)  prisonniers... (inaudible)c'était le début d'une résistance importante ...(inaudible)... mais deux mois plus tard (inaudible)

O.A. : A quoi attribuez-vous le fait que vous soyez en vie aujourd’hui ?

E.M. : A la Providence, à la Providence. Je suis catholique romain et, vous savez, je crois réellement en Dieu. (Avec un sourire) Je suis obligé de croire en Dieu !

O.A. : Merci, merci.