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Les céamiques du Pré d'Auge par E. Deville

Dernière mise à jour : 16 avr. 2020

  • LA CÉRAMIQUE DU PAYS D’AUGE PAR ÉTIENNE DEVILLE CONSERVATEUR DU MUSÉE DE LISIEUX I. — Les origines. L’art céramique date des anciens jours. Il occupe toutes les sociétés naissantes et tous les peuples à qui l’histoire assigne un rang. L’argile qu’on trouve partout en abondance, et qui est d’une manipulation si facile, fut, sans aucun doute, la matière primitivement employée par les hommes à la confection des meubles et ustensiles les plus indispensables. Humide, elle s’étend, se plie et s’arrondit sous sa main ; nulle matière n’est plus docile. L’art de la façonner est très simple à son début. On pouvait travailler à la main un carreau, une cuvette, des vaisseaux de tout genre. Plus tard, on songea à donner aux surfaces la régularité et le poli. Le tour et le moulage intervinrent puis, on fit appel aux autres arts pour arriver à cette perfection que l’on constate, au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Ceux qui savaient fondre et traiter les métaux avaient trouvé le moyen de préparer l’argile crue et de la durcir par le feu. Chez tous les peuples de l’antiquité, on rencontre des ouvrages de terre cuite. Numa avait réuni les potiers de terre en un collège, et il y avait à Athènes un quartier qui devait son nom aux professions qu’alimente et occupe l’art céramique. La perfection des vases et ustensiles a dû, dans tous les temps, dépendre beaucoup de la qualité des matières propres à leur fabrication. Ces matières, ou ces terres, ont pour base l’alumine et la silice. Il y a des variétés infinies entre l’argile figuline, fine ou colorée, qui sert à la fabrication de la faïence grossière et l’argile blanche ou kaolin, provenant de la décomposition des roches feldspathiques. L’on a pu, dans ces lieux où abondait la plus pure argile, franchir aisément tous les degrés qui séparent l’invention du perfectionnement. Les historiens de la céramique ont essayé de généraliser et de ramener à des types conventionnels l’immense production que nous constatons aujourd’hui. On peut, sans crainte d’être démenti, affirmer que le nombre des ateliers était beaucoup plus grand que ceux énumérés au cours des ouvrages que nous possédons sur ce sujet. Beaucoup même ont eu une importance capitale dans l’histoire et le développement de l’art de terre, sans occuper cependant la place à laquelle ils pouvaient prétendre dans les fastes historiques de l’art céramique. L’industrie potière a été, de tout temps, florissante en basse Normandie et particulièrement dans le Calvados. Parmi les ateliers artistiques ou industriels qui, à différentes époques, ont couvert le pays de leurs productions, il n’en est pas de plus intéressant à étudier que ceux de Manerbe et du Pré-d’Auge, deux communes situées à six et sept kilomètres de Lisieux. L’origine de cette industrie locale est encore entourée de ténèbres mystérieuses ; toutefois, Déchelette, dans son remarquable travail sur Les vases céramiques de la Gaule romaine, reconnaît que l’importance des gisements de terre à potier aux environs de Lisieux et la grande quantité de pièces, rend des plus vraisemblables l’existence d’un atelier céramique chez les Lexovii. En effet, les découvertes faites à Lisieux, au Grand-Jardin, par Delaporte, en 1861 et années suivantes, mirent au jour un riche butin archéologique : plus de 800 vases intacts, 2.000 brisés, ollas, cruchons à un ou deux anses en terre du pays ; un nombre considérable de statuettes de terre-cuite : déesses mères, Vénus anadyomène ; des animaux : sangliers, chiens, lièvres, coqs, canards et autres oiseaux ; enfin, des lampes. La collection Delaporte est aujourd’hui partiellement conservée aux musées de Caen, de Lille et de Lisieux. Cette grande quantité d’anciens produits céramiques se trouve dans cette couche du sol où le temps, les invasions de barbares et les bouleversements ont englouti les débris des siècles passés. La Normandie renferme de curieux vestiges des anciens arts de terre. La période gallo-romaine revit dans ces fragiles monuments : vases coniques, sphériques, cylindriques ou à panses renflées, assiettes à fond plat, lampes et autres menus objets bien connus des archéologues. Les trouvailles faites récemment aux abords de la fontaine Saint-Méen, au Pré-d’Auge, prouvent suffisamment qu’il y eut là, à l’époque gallo-romaine, des ateliers céramiques sur lesquels nous ne possédons aucun renseignement. Bien que l’inscription LISOVII, qu’on avait cru pouvoir lire sur un fragment de vase sigillé conservé au musée de Lisieux, doive être révoquée et remplacée par celle de Fronti. .., je reste convaincu que beaucoup de vases en terre dont ce musée possède de nombreux spécimens sont l’œuvre des potiers gallo-romains de Manerbe et du Pré-d’Auge. J’en reproduis ici quelques types (pl. i), me basant uniquement sur la matière dont ils sont formés, une terre blanche, rouge, sans aucune vitrification. Ce qui caractérise le progrès de l’art céramique, c’est le vernis, c’est l’émail. La glaçure vitreuse était complètement inconnue à l’origine. La matière reste la même : toujours l’argile, mais elle va se couvrir d’une vitrification transparente, d’un vernis, ou d’une vitrification blanche ou colorée, mais opaque, l’émail ; ou enfin d’un enduit vitrifiable terreux. L’apparition de la poterie vernissée en Europe date du XIIIe siècle et son invention est attribuée aux Arabes.